12 mars 2011

Buddha Mountain


Trois amis, Ding Bo, Nan Feng et Fatso, ont terminé leur dernière année de lycée. Malgré la pression parentale, ils préfèrent arrêter leurs études et refusent de s'inscrire aux examens d'entrée à l'université. Impatients de voler de leurs propres ailes et de trouver du travail, ils se rendent dans la ville de Chengdu où ils louent plusieurs chambres dans la maison d'une ancienne chanteuse de l'opéra de Pékin…

Le pitch de Buddha Mountain peut faire assez peur, il faut l'avouer, avec son histoire de réconciliation des générations et de solitudes qui se rencontrent et serrent les coudes. Il n'en n'est rien : face des thèmes aussi casse-gueules, Li Yu parvient de manière assez bluffante à éviter les très nombreux pièges larmoyants qui l'attendaient ferme ; et ce grâce à, osons le mot, la virtuosité de son scenario. Parmi les nombreuses qualités de ce dernier, c'est surtout l'utilisation heureuse et répétée des ellipses qui frappe avant tout, permettant ainsi de zapper avec bonheur de nombreuses scènes redoutées, et d'en déplacer les enjeux. Les scènes de conflits sont par exemples souvent désamorcées pas un humour décalé, et les scènes tout aussi redoutées de réconciliation passent elles directement à la trappe. Ce qui ne veut pas dire que le film ne brille que grâce à ce qu'il évite. Li Yu parvient à faire presque miraculeusement exister ses personnages en quelques scènes, avec trois bouts de ficelles, très peu de dialogues, et parvient plus d'une fois à toucher du doigt un spleen adolescent pourtant déjà bien balisé dans le cinéma chinois.

L'autre grande qualité du scénario est d'arriver à changer subtilement de point de vue, en cours de film, suivant tour tour tel ou tel personnage, sans jamais cesser de les rendre crédibles en tant que groupe. Tout cela rend Buddha Mountain assez inattendu, donnant à suivre à son récit un chemin sinueux qui ne néglige jamais l'émotion. Le film n'a d'ailleurs pas peur de jouer dans sa dernière partie une carte mélodramatique, culminant dans des scènes parmi les plus émouvantes vu cette année à Deauville. La réalisatrice avait déjà remporté le Lotus du meilleur film en 2006 avec Dam Street. Son nouveau film semble avoir toutes les qualités requises pour lui assurer de nouveau une place sur le podium.

6/6